Méditation sur la Résurrection

Pas de Résurrection sans la Croix

Une émission théologique diffusée sur Radio Fidélité en avril 2018 


Le texte de l'émission


Annick
Bonjour, nous recevons aujourd’hui pour notre rendez-vous théologique mensuel, le pasteur Eric Perrier de l’Eglise Protestante unie. Nous venons juste de terminer le week-end de Pâques durant lequel nous avons proclamé et fêté Jésus ressuscité d’entre les morts, celui qui est LE Vivant. Pourriez-nous en dire un peu plus sur cette résurrection qui est source de bien des questions ?

Eric
Oui, le thème de la résurrection est un thème à la fois central et un thème difficile de la foi chrétienne qui représente pour beaucoup une pierre d’achoppement. Pour l’aborder, j’ai choisi de m’inspirer de l’Evangile de Marc. J’ai été touché par la manière assez surprenante dont il retransmet la découverte du tombeau vide par les femmes.

Annick
Voulez-vous donc nous lire ce passage : il se trouve à la fin de l’Evangile de Marc, au chapitre 16, versets 1 à 8.

Eric
« Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacques et Salomé achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus. 2 Le premier jour de la semaine, elles se rendirent à la tombe très tôt au lever du soleil. 3 Elles disaient entre elles : Qui nous roulera la pierre de l'entrée du tombeau ? 4 Elles levèrent les yeux et s'aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. 5 Elles entrèrent dans le tombeau, virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent épouvantées. 6 Il leur dit : Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ; il est ressuscité, il n'est pas ici ; voici l'endroit où on l'avait déposé. 7 Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée : C'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. 8 Elles sortirent du tombeau et s'enfuirent tremblantes et hors d'elles-mêmes mais elles ne dirent rien à personne à cause de leur effroi. »

Annick
C’est effectivement très étrange d’insister ainsi sur la panique de ses femmes devant la tombe vide ?

Eric
Oui, d’autant plus que l’évangile tel qu’il nous est parvenu semble s’arrêter sur ces versets. Il y a bien une suite dans ce chapitre 16 mais elle ne se retrouve pas dans de nombreux manuscrits et notamment parmi les plus anciens. Par ailleurs, même si nous retrouvons des thèmes de l’évangile, le vocabulaire est assez différent du reste de l’Evangile. Les exégètes supposent donc qu’au départ, soit la fin de l’évangile a été perdu, soit l’évangile se terminait de la sorte.
Mon propos n’est pas de nous perdre aujourd’hui dans des considérations exégétiques mais vous avouerez avec moi que terminer la lecture de Marc sur ces mots est une manière particulièrement originale qui nous stimule à en cherche le sens.

Annick
Ce que je constate en tout cas, c’est que cette finale est bien abrupte.

Eric
Oui, les femmes viennent de découvrir la tombe vide du corps de Jésus, trouve un jeune homme vêtu de blanc qui leur dit d’apporter un message aux disciples de Jésus et voilà que ces femmes ressortent terrorisées et ne disent rien à personne. Quelle drôle de fin !
Le premier point sur lequel insiste l’évangile c’est la peur des femmes. Il s’agit d’une peur panique. Nous pourrions nous contenter de l’interpréter d’une façon simplement psychologique et en rester à la constation du sentiment extrême qui a saisi les femmes mais il me semble que l’évangile pointe vers autre chose à travers cette réaction des femmes. Car cet effroi est provoqué par ce qu’elles découvrent. Elles venaient accomplir les rites funéraires et prendre soin d’un mort et voilà que le mort a disparu, un être se présente à elle, qui leur transmet un message inconcevable. La peur, ici, n’est pas la simple expression d’un sentiment; elle signale que les femmes se trouvent devant une réalité qui les dépasse totalement, une réalité qui renverse toutes leurs conceptions, qui les met sans dessus dessous, qui les bouleverse au sens propres du mot.

Musique : Le Seigneur seul est ma lumière (CD Alpha)

Cette première observation est importante. La résurrection a interrogé de tout temps. Elle est particulièrement mise en doute aujourd’hui, mais nous constatons qu’il en a été de même dès le commencement.
Aujourd’hui, je discerne deux manières d’appréhender cette question :
La première consiste à chercher à retrouver dans l’expérience humaine quelque chose qui s’y rapproche : par exemple, les disciples étaient désespérés et ils ont trouvé une nouvelle espérance. Ou bien encore,  comme l’exprimait un auteur : « Jésus est un être divin, dont la connaissance a été lentement élaborée par la conscience chrétienne. Il a été enfanté dans la foi, dans l’espoir et dans l’amour… Sa seule réalité est spirituelle… ». Dans cette approche, la résurrection vient révéler quelque chose de présent ou bien en attente de devenir dans la spiritualité des hommes. C’est une manière de dire, un support, un symbole dans le sens fort du terme pour exprimer un changement psychologique ou spirituel, opéré dans la vie des premiers croyants.

Annick
Et quelle serait donc l’autre approche à vos yeux ?

Eric
Et bien, la résurrection est l’advenue de quelque chose d’entièrement nouveau et c’est cette extraordinaire nouveauté qui provoque la stupeur, le désarroi, la terreur même des femmes. Leur réaction est pour moi l’expression d’un évènement qui échappe à toute catégorie.
Pour mieux faire comprendre ce que je veux exprimer je voudrais rappeler notre enracinement culturel et ensuite prendre une image. 
Notre culture a été marquée par une approche rationaliste. Nous avons exploré la matière à travers la science et nous y avons particulièrement réussi. Par ailleurs, nous reconnaissons qu’il y a une autre dimension que la matière qui se manifeste dans l’être humain : il a conscience de lui-même et il agit dans le monde grâce au développement des trois capacités que sont les sentiments, l’intelligence et la volonté. Cette 2ème dimension humaine a exercé la sagacité des philosophes. Nous avons donc une image bi-dimensionnelle de l’homme comme un être qui est corps et psychisme. Or, dans une précédente émission, j’avais rappelé que la bible se faisait l’écho d’une réalité à trois dimensions : l’homme est tout à la fois, corps, âme et esprit.
Venons en donc maintenant à mon image. Tout le monde connaît la difficulté de représenter un volume à 3 dimensions sur un plan à deux dimensions. Il est ainsi impossible d’avoir une représentation exacte de la terre sur une surface plane. Voir trois dimensions en deux faussent automatiquement notre perception. Et c’est la raison pour laquelle, je crois qu’il nous est si difficile d’appréhender la résurrection. Notre culture est enfermé dans une fausse alternative : soit elle considère la résurrection comme la réanimation d’un corps matériel, soit elle l’envisage comme un changement dans le psychisme des humains. Et aucune de ces deux conceptions ne peuvent rendre compte du témoignage que nous avons reçu de la part de ceux qui ont vu Jésus ressuscité. Elle n’est pas simplement une expérience dans l’âme des disciples puisque les disciples le voit, le touche. Jésus montre ses mains et ses pieds marqués par les clous. Elle n’est pas non plus la réanimation d’un corps physique puisque Jésus s’affranchit des limites de l’espace en apparaissant à des disciples enfermés dans une pièce et que deux d’entre eux ne le reconnaissent pas alors qu’il marche à leurs côtés. Par ailleurs, Jésus ressuscité n’est plus soumis à la mort; il ne peut plus mourir… L’apôtre Paul nous mets sur la bonne piste je crois, lorsque dans sa première lettre aux Corinthiens au chapitre 15, il emploie l’expression étonnante de « corps spirituel ». En fait, la résurrection de Jésus est fondamentalement un évènement spirituel, oeuvre de l’Esprit. Rappelons-nous : tout ce qui existe aujourd’hui et que nous voyons est l’oeuvre d’un créateur. Et Jésus nous rappelle que Dieu est Esprit. Ainsi tout ce que nous voyons a été suscité par un créateur qui est Esprit. Ce Dieu qui a amené à l’existence toute la création par sa parole est le même qui a commencé en Jésus quelque chose d’entièrement nouveau, c’est dans le sens propre, une nouvelle création. Les femmes ont perçu d’une manière très intuitive cette advenue stupéfiante : elles sont complètement déstabilisées, ce qu’elles voient et entendent renversent toutes leurs conceptions, elles sont sens dessus dessous et n’ont d’autres issues que de se refermer sur elle-même et n’osent rien en dire à personne.

Musique : More than a friend de Acappella

Annick
Mais si ce que les femmes ont vu est ainsi bouleversant, comment pourrions nous-même le concevoir, nous qui ne pouvons même pas voir ce Jésus et qui avons seulement le récit des premiers témoins ?

Eric
Il faut rajouter une autre constatation tout-à-fait significative : tous les textes bibliques montrent que Jésus ne s’est présenté qu’à ses disciples. C’est surprenant, alors que son ministère terrestre a été éminemment public et qu’il va envoyer comme témoin par toute la terre ses disciples. Certains, d’ailleurs, en tirent la preuve que dans cette affaire, il ne s’agit que d’une représentation ou d’une construction consciente ou inconsciente de ceux qui ont suivi Jésus : ils auraient été tellement désemparés lors de sa disparition qu’il leur aurait été psychologiquement nécessaire de le voir vivant. Je considère bien au contraire, que cette apparition aux seuls disciples, confirme combien la résurrection est un évènement éminemment spirituel, quelque chose d’entièrement nouveau qui advient mais qui n’est accessible que dans une démarche spirituelle similaire dans le propre esprit de celui qui entrevoit la résurrection. Le même Esprit qui a agit dans la résurrection de Jésus, doit agir dans l’esprit du croyant pour le mettre, excusez-moi du terme, en adéquation avec la résurrection de Jésus. 
Troisième constatation tout aussi étonnante : l’évangile de Marc insiste particulièrement sur la difficulté que les femme ont à croire et pas seulement les femmes mais aussi l’ensemble des disciples. Dans les derniers versets rajoutés de l’évangile nous lisons : 
« Enfin, il se montra aux onze pendant qu'ils étaient à table, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur coeur, parce qu'ils n'avaient pas cru ceux qui l'avaient vu ressuscité. »
On pourrait dire d’une manière provocatrice que la résurrection ne conduit pas à la foi mais à l’incrédulité ou plus précisément, qu’elle révèle l’incrédulité, y compris chez les plus proches de Jésus de la même manière que ces mêmes proches l’avaient tous abandonné lorsqu’il fut arrêté.

Annick
Mais alors comment peut-on croire à la résurrection ?

Eric
C’est ici, l’originalité de l’évangile de Marc. Ce Chapitre 16 nous indique clairement que la foi ne nait pas devant le tombeau vide. Celui-ci ne suscite que stupéfaction et questions. Mais alors où peut naître la foi ? Qu’est-ce qui la suscite ? Le même Evangile y répond très clairement : c’est devant Jésus crucifié et devant lui seul.
En effet, alors que l’Evangile est traversé par cette question : mais qui est donc cet homme Jésus, qui ne cesse d’annoncer la venue d’un règne de Dieu, qui guérit, qui délivre, qui entraîne des foule, qui renverse les murailles de la Loi et qui semble vivre dans une liberté souveraine ? La réponse se trouve dans la bouche du centenier romain, lequel, constatant comment Jésus était mort, proclame la confession de foi de l’évangile : cet homme était vraiment Fils de Dieu. 
Ainsi la résurrection demeure quelque chose d’incompréhensible, voire même d’effrayant à moins que ne ce soit produit le miracle de la foi dans le coeur de l’homme confronté au crucifié. La question de la résurrection n’est pas un problème philosophique, ce n’est pas non plus le consentement complaisant à une crédulité trop humaine, c’est une question spirituelle ; la porte d’entrée ne peut être que spirituelle et elle se trouve à la croix. C’est là, par la mort de Jésus, que Dieu nous révèle notre fermeture à lui, c’est là qu’il nous confronte à notre refus de lui, c’est là qu’il nous met en demeure de choisir entre nous, notre volonté de maîtrise et de puissance et lui, qui se révèle dans un abandon total pour nous gagner.
C’est là qu’il brise la dureté de nos coeurs, non par sa puissance mais par le don de lui-même en cet homme Jésus. C’est là que le voile se déchire, le voile du Temple qui empêchait de porter les regards sur Dieu et le voile de nos coeurs qui nous empêchait de le reconnaître. C’est là que s’ouvre un chemin nouveau, non plus contre Dieu, ni face à lui mais un chemin en lui où lui-même vient en nous. C’est la mort de Jésus sur la croix, elle aussi, évènement spirituel s’il en est, qui ouvre la porte de la vie et par conséquent… la porte de la résurrection. La résurrection devient la résurgence naturelle de ce don unique et fondateur du Christ à la croix. Celui qui reconnaît le Fils de Dieu dans ce crucifié, est comme saisi par la foi : la foi en un Dieu qui est allé jusque-là pour se révéler et nous gagner à lui, la foi en un Dieu qui se livre totalement entre nos mains pour nous conduire à la vie. Il est saisi par une puissance de vie, oeuvre de l’Esprit, qui l’amène tout naturellement à la reconnaissance de celui qui est ressuscité d’entre les morts. En lieu et place du doute ou de l’effroi, nait alors l’allégresse, une allégresse que rien ne peut effacer !

Musique :  je suis la résurrection et la vie de John Featherstone

Traduction du chant : more than a friend

Plus qu'un ami, plus qu'un ami
Plus qu'un ami, plus qu'un ami

Refrain:
Eh bien, il est plus qu'un ami
Plus qu'un ami
Oui, il est plus qu'un ami pour moi
Parce qu'il a abandonné sa vie
Et à oh un tel prix
Et il est plus qu'un ami pour moi
Les gens continuent à chercher l'ami parfait
À qui ils feront confiance avec leur compassion et leur confiance
Parce qu'ils ont besoin de quelqu'un pour les aimer de la manière la plus profonde
Écoutez ce que je vais dire

Il était prêt à donner sa vie
Sacrifice ultime
Il était Dieu fait chair et mis à mort pour moi
Maintenant vous savez qu'il est facile de voir

Depuis que je le connais
Je ne suis pas le même
Et je suis fier de dire que
Je peux porter son précieux nom
Parce que tous ceux qui m'aiment
Ce sera toujours
Personne ne se soucie autant qu'il
Il était prêt à compter le coût
Souffrir pour les perdus
Pas un plus grand amour que je pourrais recevoir
Maintenant tu sais que je dois croire
Écoute moi

Plus qu'un ami

Plus qu'un ami (enfin il est plus qu'un ami)

Aucun commentaire:

Publier un commentaire